Je vous l’dis ma bonne dame. C’est pas comme avant. Ca change tout ; Avant, c’était pas pareil, avant c’était différent, c’était Balisto. Y’avait pas tout ça. Et entre autre il n’y avait pas, comme en ce moment à Chisinau…
L’ascenseur Alzheimerien
Cet ascenseur, probablement ancien junkie resté perché dans les vapeurs extatiques du communisme à tendance contradictoire, se borne à se mélanger les boutons et les fils, si bien que quand tu as appuyé sur le bouton du 4° (qui se trouve être l’étage où sied ma planque estampillée « bon goût moldave ») tu te retrouves invariablement mais aléatoirement soit au 2° soit au 1°. Et pas vice versa, ce serait trop facile.
Le mode d’emploi étant fourni en Russe, je me demande si je ne vais pas finir par me payer les services d’un traducteur afin d’arrêter de jurer matin et soir face à la glace de la cabine, maudissant le salaud qui a inventé la mécanique à déplacement vertical.
(Celui, qui au fond, a crié « prends les escaliers » a gagné le droit de prendre ses affaires, de sortir ou bien de la fermer sur 3 générations.)
L’ascenseur parkinsonien.
Celui là, c’est pas un ascenseur classique. C’est le RER de l’ascenseur. Sa mission : t’emmener sur 15 étages jusqu’à ton bureau. (Celui qui ne m’a pas laissé terminer ma phrase et a crié « prends les escaliers, ça te fera les pieds » est prié d’entrer rapidement en contact avec la fondation Jean Louis Etienne, qui l’enverra gentiment vérifier si on peut encore trouver des traces d’organisation sociale chez le Mammouth de la banquise nord, le tout en Montgolfière non climatisée, ou la fermer sur douze générations. Et celui qui vient de dire « moi ça me brancherait » n’a qu’à la fermer sur 20 générations). Donc je disais, avant d’être interrompu par moi-même, que cet ascenseur, à la vitesse de 10 cm à la minute et un tremblement de 12 sur l’échelle (ouverte) de parkinson, rappelle agréablement le métro parisien : Arriver à l’heure de pointe te contraint invariablement mais aléatoirement à attendre entre 15 et 20 minutes jusqu’à la prochaine fournée.
Juste pour ça, tu évites de descendre déjeuner à midi, et tu te fais livrer une pizza, laissant le livreur prendre les risques lui-même.
Le chien-qui-voulait-conquérir-le-monde-(la-nuit)
Rien à voir avec les ascenseurs suscités. (Celui qui a dit « c’est qui ‘cité’ ? » va prendre mon poing dans la d’jeule). Le nombre de chiens errants dans la capitale moldave est relativement impressionnant. Et comme la nature est bien faite, ils s’organisent en meutes. Ou plutôt en bandes. Ou en armées. Et il y a une caserne juste en bas de chez moi.
La majorité du temps, en journée, ces troupes d’élite à quatre pattes dorment, traversent la route, dorment, traversent la route, mangent et traversent la route. Mais quand vient la nuit, ils s’organisent en bataillons et attaquent les bandes rivales pour la conquête de nouvelles poubelles, asseoir leur hégémonie locale, et pourquoi pas conquérir le monde (d’où le titre). Alors évidemment, quand t’es insomniaque, que t’as lutté 4 heures pour t’endormir, et que la guerre se déclare dix mètres plus bas, à coup d’aboiements à rendre l’ouie à un sourd, ben t’as tendance à ouvrir ta fenêtre, et à profiter du fait que les gens ne comprennent pas le français, surtout à cette heure là, et à maudire tous ces bâtards (les chiens, hein…) sur leurs futures 17 générations de bâtards.
Et puis le lendemain matin, la guerre est terminée, les combattants pansent leurs plaies, toi tu contemples celles que tu as sous les yeux. Et lorsque le chef de la bande (si si, je te jure, le chef de la bande) se plante devant toi sur ses quatre pattes, et te regarde l’air de dire « Alors, on a mal dormi, on se trompe de bouton dans l’ascenseur ? Tu devrais prendre l’escalier, feignasse ! », Invariablement et pas aléatoirement du tout, tu te surprends à répéter les seuls mots de Roumain que tu aies fini par retenir : « Dute en dracu, debilule !»

Note fin de note: tout ceci étant dit, j’apprécie beaucoup la Moldavie