Le bonheur est dans le pré
Par xoofoo, mardi 3 janvier 2006 à 20:07 :: Le jour et le jour :: #133 :: rss
Oui. Le bonheur est dans le pré.Mais pour le Nirvana, rendez-vous chez Air Couscous.
Pour ceux qui ont suivi (et je tiens à les en remercier) je fais régulièrement des allers-retours entre Paris et Alger. Pour mon dernier retour de la ville Blanche, j’ai eu la joie de voyager sur Air Algérie.
Donc voici comment ça se passe. Notez en introduction qu’après discussion avec d’autres voyageurs, l’expérience décrite ci-dessous n’a rien d’exceptionnelle et qu’un retard de 2 heures est chose officiellement admise comme étant normale pour cette compagnie. A croire qu’une dilatation de l’espace temps touche systématiquement et exclusivement les employés de la société (oui, parce que les passagers, eux, ils voient bien les minutes passer).
Or donc. Situons les événements, plutôt que d’adopter une narration de type « In medias Res » qui n’aurait aucun intérêt, la linéarité de l’action décrite n’ayant d’égal que le marquage au sol d’une autoroute américaine.
L’aéroport d’Alger est probablement l’un des mieux surveillés du monde. Sur un trajet standard dans l’aéroport, le voyageur standard a la chance de passer par une demie douzaine de portiques à métaux standardement déréglés, permettant aux forces de l’ordre la pratique standard du même nombre de fouilles corporelles par voyageur. Et quand enfin, tel Hemingway sortant d’une jungle hostile, on arrive en salle d’embarquement, la seule activité possible est de s’installer dans un espace d’attente qui donne la délicieuse sensation d’expérimenter le ‘couloir de la mort’ d’une prison Texane.
Et c’est là que commence l’aventure Air Couscous.
Il est 15h40. Malgré les questions renouvelées, l’hôtesse d’accueil confirme que le vol prévu à 15h45 n’a pas de retard.
Pour que les 160 passagers du vol puissent rejoindre l’avion, la compagnie dispose de 2 bus à ses couleurs. Comme pour confirmer l’urgence de la situation, l’hôtesse de passerelle (entendez la personne qui fait monter les voyageurs dans les bus) demande à celle de l’accueil (dans le texte) de « bouger son cul » pour venir l’aider.
Forcément, invectivée de la sorte devant un public moyennement hilare, la bougresse fait montre d’un sourire « moyen commercial » quand le voyageur lui présente son billet. Mais nous voilà dans le bus. Il s’agit du second. Le premier, bondé, est parti 20 minutes plus tôt.
Il est 16h05. Malgré les questions renouvelées, l’hôtesse d’accueil confirme que le vol de 15h45 n’aura pas de retard. Un doute m’assaille, l’inquiétude m’envahit.
L’avion est, à vol d’avion, à 50 mètres de la salle d’embarquement. Mais, comme la vie est bien faite, le bus s’entête à vouloir effectuer le tour complet de l’aéroport dans le seul objectif de passer un contrôle de sécurité, positionné à l’opposé de notre point de départ, et qui vérifie que le bus est apte à entrer sur le Tarmac. Le trajet se poursuit par un savant slalom à 5 km/h entre les 3 avions stationnés sur les 15 287 hectares de l’aire d’embarquement. Puis on arrive au niveau de l’avion. Devant ce dernier, 300 valises attendent que leurs propriétaires respectifs viennent les reconnaître et les poser sur le chariot de fret. Et c’est au moment où s’arrête le second bus, que le chauffeur du premier (arrivé sur les lieux 20 minutes plus tôt) se décide à ouvrir ses portes, laissant ainsi s’échapper 90 voyageurs gazés aux échappements et passablement irrités d’avoir été confinés de la sorte.
Il est 16h35. . Malgré les questions renouvelées, l’hôtesse d’accueil confirme que le vol de 15h45 n’aura pas de retard. Je regarde le personnel naviguant avec les yeux un rien injectés de sang.
Une fois terminées la reconnaissance des bagages de soute, la fouille de ceux de cabine et la septième palpation en 2 heures, c’est au tour des passagers du second bus de s’adonner au même manège, avec un début de folie meurtrière dans les yeux : en guise d’animation d’attente, l’avion voisin décharge des cercueils manifestement habités, avec autant de tendresse et de d’attention qu’un bûcheron canadien pour l’ouverture des huîtres à la Saint Sylvester (Stallone)
Il est 16h45. Malgré les questions renouvelées, l’hôtesse d’accueil confirme que le vol de 15h45 n’aura pas de retard. A ce stade et à l’instar de M. Schmoll, j’ai perdu toute confiance dans l’être humain.
Pourtant, en haut de la passerelle, le voilà, le « moyen courrier » tant convoité. Panurgisme et conventionnalisme, quand vous nous tenez ! Inutile de présenter la carte d’accès à bord comme dans n’importe quel avion : L’équipage n’a pas fait de plan de placement des voyageurs. « Prenez la place que vous voulez » annonce la chef de cabine, la dite cabine se transformant aussitôt en un savant mixe de ring de boxe et de terrain de rugby. L’un aboie qu’il doit s’asseoir à côté de son fils qui ne sait pas manger seul, l’autre qu’il a besoin d’un second fauteuil pour ses bagages car les casiers sont pleins de sacs Tati, un autre encore s’affale dans l’allée centrale se prenant les pieds dans la parabole du passager de la place 32C, le dernier remonte le courant des voyageurs pour cause d’envie pressante.
Il est 17h10. Avec le naturel le plus parfait, l’hôtesse qui garde son sang froid annonce un léger retard sans les précisions qui de toutes manières auraient été inutiles. J’ai envie d’envahir la Pologne.
Enfin, tout le monde est assis. Le commandant de bord fait son annonce et prie les passagers de bien vouloir excuser les désagréments subis. Le vol durera 2h, à Paris le temps est nuageux, et la température au sol est de 8°. L’avion décollera dès qu’une fenêtre de décollage sera disponible.
Il est 17h25. L’avion va décoller. Lorsque l’hôtesse passe dans les rangs vérifier que les tablettes sont relevées et les ceintures accrochées, mon esprit s’est lui déjà envolé vers des histoires de chambres de torture, d’ongles arrachés, d’albums de Vincent Delerm passés en boucle, et d’hôtesses enfermées dans une soute à bagage à 10 000 mètres d’altitude.
Finalement, avec un peu plus de 2 heures de retard, le boeing de la compagnie Air Couscous demande et obtient l’autorisation d’atterrir. 6 heures 15 de voyage pour 1h50 de vol effectif.
Il est 19h25, malgré les protestations répétées, l’hôtesse d’accueil espère que les passagers ont effectué un agréable voyage, et souhaite les revoir bientôt sur Air Algérie.
Et bien, c’est non sans une touche d’ironie que je vous propose, madame, d’aller voir chez les mohicans si j’y serais pas par hasard, et au passage, de vérifier s’ils n’auraient pas besoin d’un scalp supplémentaire pour agrémenter la déco de leurs tipis.
NB1 : Aucune hôtesse n’a été maltraitée durant l’écriture de cette note.
NB2 : Mon chef, philosophe, me dit que ça fait des souvenirs et que ça me donne de la matière pour mon blog… Pas faux…














Commentaires
1. Le mardi 3 janvier 2006 à 22:45, par Zubrowka
2. Le mercredi 4 janvier 2006 à 00:44, par Lion
3. Le mercredi 4 janvier 2006 à 00:55, par Pheebye
4. Le mercredi 4 janvier 2006 à 09:17, par Galaad
5. Le mercredi 4 janvier 2006 à 11:41, par Magrat
6. Le jeudi 5 janvier 2006 à 09:57, par xoofoo
7. Le vendredi 6 janvier 2006 à 14:46, par Pollux
8. Le vendredi 6 janvier 2006 à 14:46, par xoofoo
9. Le dimanche 8 janvier 2006 à 22:45, par MillyNeT
10. Le jeudi 12 janvier 2006 à 10:40, par MillyNeT
11. Le jeudi 12 janvier 2006 à 15:04, par xoofoo
12. Le jeudi 12 janvier 2006 à 19:08, par swinkels
13. Le dimanche 15 janvier 2006 à 08:19, par nimbus
14. Le jeudi 19 janvier 2006 à 16:24, par capable
15. Le mardi 14 mars 2006 à 15:51, par chadli
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